lundi 11 août 2003, par Brad Dickson
Nous pouvons constater que depuis le début de l’histoire biblique, malgré l’amour très fort de Dieu pour Israël, il n’a pas toujours approuvé les membres du peuple d’Israël dans leur comportement. Loin de là ! Son alliance avec eux comportait des exigences de justice et de fidélité, et il les a souvent repris en paroles, par les prophètes, et en actes, par des événements tels les déportations. Nous devons, nous aussi, aimer le peuple juif, mais sans forcément être d’accord avec toute la politique du gouvernement israélien.
Au moment de l’Ascension de notre Seigneur, les apôtres étaient très curieux de savoir à quel moment Jésus inaugurerait « le royaume pour Israël » (Ac 1.6). La question était brûlante, puisque Israël était sous la domination romaine. Au passage, notons que Jésus ne dit pas qu’il n’y aurait pas de royaume pour Israël, ou que l’église en est l’accomplissement. La réponse de Jésus les oriente vers un autre souci : « Ce n’est pas à vous de connaître le temps..., mais vous serez mes témoins à Jérusalem... et jusqu’aux extrémités de la terre ». Il leur demande de se préoccuper de l’évangélisation du monde entier. Notre premier devoir est l’évangélisation de tous les hommes, même si nous gardons un souci particulier pour le peuple juif.
Dans les Actes et les Epîtres, nous ne voyons aucun exemple, ni aucune exhortation à une action politique qui viserait le soutien de la nation d’Israël, malgré la cruelle domination romaine dont elle souffrait et les nombreuses tentatives de révolte dont les apôtres étaient sans doute informés. Paul ramassait des fonds auprès de chrétiens grecs qu’il envoyait à Jérusalem, mais seulement pour aider des Juifs convertis qui souffraient de la famine et de l’exclusion sociale liée aux persécutions. (Ac 11.29 ; Rm. 15.25,26). L’entraide, de manière générale, paraît être prioritairement, sans l’être exclusivement, pour les convertis (Ga 6.10).
Luther, à la suite d’Augustin, n’avait pas grand espoir pour la nation d’Israël. Luther allait même jusqu’à écrire : « Il est impossible de convertir ces enfants du diable », comme quelques-uns ont cru comprendre dans l’épître aux Romains [1]. Pourtant, dans de nombreux versets (Ro 9-11), Paul affirme que Dieu a encore un projet pour Israël [2]. Aujourd’hui, des commentateurs évangéliques réputés, dont F.F. Bruce [3], Samuel Bénétreau [4], affirment que Paul s’attend à un réveil du peuple juif. L’apôtre passe néanmoins sous silence les circonstances de ce renouvellement.
La théologie de nos assemblées C.A.E.F. a été fortement influencée à l’origine par Darby, qui a contribué à renouveler l’intérêt de l’Eglise pour la prophétie biblique et pour Israël. Plusieurs d’entre nous prennent pour perpétuelle la promesse faite à Abraham d’une terre pour son peuple (Ge 17.8), et voient dans la création quasi miraculeuse d’un état pour Israël en 1948 une manifestation de la fidélité de Dieu à sa promesse (voir encadré)
Tous ne seront pas d’accord sur ce point, qui ne doit pas être un sujet de division. Mais nous pouvons tous prier pour la paix de Jérusalem, selon l’exhortation du Psaume 122.6. Prions aussi pour qu’Israël cherche activement une solution paisible, miséricordieuse et généreuse pour les Palestiniens dont la souffrance est visible. Aucune interprétation d’une prophétie biblique aujourd’hui ne peut justifier une guerre « sainte » par qui que ce soit.
Jésus, le dernier et le plus grand des prophètes, nous a enseigné une meilleure voie, celle de l’amour du prochain. Dans la parabole offerte en réponse à la question : « qui est mon prochain ? », le Samaritain, voisin proche mais détesté des Juifs est loué pour sa bonne action, et le Lévite, représentant de la religion juive, est désapprouvé. Qui est le prochain d’Israël aujourd’hui ?
Au risque certain de perdre des nuances, brossons à grands traits ces deux positions. Un premier groupe voit dans l’église le prolongement et l’accomplissement même de l’alliance que Dieu a faite avec Abraham. Cela met fin aux promesses de l’Ancien Testament concernant le pays d’Israël. Parmi leurs versets préférés : « il n’y a plus ni Juif, ni Grec » (Ga 3.28) ; « Abraham, notre père à tous » (Ro 4.17) ; « Jésus... dans sa chair a annulé la loi ... pour créer en sa personne, avec les deux un seul homme » (Eph 2.15). Le peuple juif donc, ne conserve aucun statut particulier et Dieu a une seule œuvre, l’Eglise. Dans cette théologie les termes Israël et Eglise deviennent presque interchangeables. C’est probablement une position majoritaire dans la chrétienté depuis Augustin et un trait commun des réformateurs. Ses détracteurs appellent cette approche « théologie de remplacement » (l’Eglise remplace Israël), mais on peut l’appeler plus positivement « théologie de l’alliance ». Certains de ces théologiens attendent néanmoins une conversion importante des Juifs.
Un deuxième groupe voit aussi l’Eglise comme prolongement et accomplissement de l’alliance faite avec Abraham, mais pas comme accomplissement complet. Ils pensent que le peuple juif conserve un statut particulier de peuple élu, et une place centrale dans l’eschatologie biblique. Parmi leurs versets préférés : « Ce sera une alliance perpétuelle » (Gen 17.7) ; « Dieu a-t-il rejeté son peuple ? Certes non ! » (Rm 11.1) ; « les Israélites, à qui appartiennent (verbe au présent) l’adoption... » (Rm 9.4) ; « l’appel de Dieu est irrévocable » (Rm 11.29). Ils attendent une conversion massive des Juifs. Beaucoup attendent aussi un règne terrestre de Jésus-Christ pendant une période appelée le millenium qui aurait un fort caractère juif. Là, les promesses terrestres faites à Abraham et à son peuple seraient accomplies. On appelle cette interprétation le « prémillénarisme ».
Publié dans : Servir en L’attendant, revue des Communautés et Assemblées Evangéliques de France No 4 juillet/août 2003 dans le cadre d’un dossier sur le Judaïsme.
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[1] Citation de Luther dans le commentaire sur l’épître aux Romains de Hodge, éditions Impact.
[2] Ro 9.6 ; 11.1 ; 11.11-13 ; 11.24-31)
[3] F.F. Bruce, L’épître aux Romains, Editions Sator/Farel, voir en particulier la note sur 11.26
[4] Samuel Bénétreau, L’Epître de Paul aux Romains, Editions Edifac, tome 2, p. 112-124