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Le suicide

lundi 9 septembre 2002, par Jean Igor Wolga


Le nombre de suicides « réussis » a beaucoup augmenté depuis 12 ans. De 8000 cas par an en France en 1974, il a pour la première fois franchi la barre des 10 000 cas en 1980, dépassant le nombre des morts par accidents de la route. Il a atteint 12 000 cas par an en 1985 pour se stabiliser depuis à ce chiffre. Il y a en effet chaque année en France 150 000 tentatives de suicide et 12 000 morts, soit un toutes les 40 minutes. C’est pour sensibiliser le public, trop souvent indifférent ou résigné, qu’a été organisée le 5 Février 1997 la Première Journée nationale pour la prévention du suicide, à l’initiative du magazine Psychologies. Le suicide est un acte anti-naturel, opposé à l’instinct de survie, fréquent chez l’homme mais rare chez les animaux (à l’exception des lemmings en cas de surpopulation ou de manque de nourriture). Certains considèrent le suicide comme une lâcheté, et d’autres y voient au contraire un geste courageux, une « ultime liberté ».

Certains suicides peuvent être qualifiés d’héroïques, même si on ne les approuve pas, comme celui de Samson dans la Bible ou celui des zélotes de la forteresse de Massada près de la Mer Morte, qui ont préféré recourir au suicide collectif plutôt que de tomber vivants aux mains des Romains, ou celui du tchèque Jan Palach en 1968, protestant contre l’invasion de son pays par les armées soviétiques. D’autres se suicident au combat (kamikazes) ou pour l’honneur (en se faisant hara-kiri), ou à cause d’un amour impossible (Roméo et Juliette). D’autres suicides collectifs spectaculaires déclenchent une émotion légitime et un regain d’indignation justifié contre les sectes et leurs « gourous » (Jim Jones en Guyana, David Koresh aux USA, Luc Jouret en Suisse et en France).

Mais les suicides les plus préoccupants et les plus fréquents sont ceux qui touchent notre « prochain », en particulier s’il s’agit d’un jeune ou d’un enfant. Le suicide est devenu la première cause de mortalité entre 25 et 35 ans, et la 2e chez les jeunes de 15 à 25 ans, après les accidents de circulation. De plus, de nombreux accidents de la route sont en fait des suicides ou des équivalents suicidaires. La France arrive tristement en tête des pays d’Europe de l’Ouest avec un taux annuel de 22 suicides pour 100 000 habitants. Le suicide touche toutes les catégorie sociales (jusqu’à l’ancien premier ministre Pierre Beregovoy), et tous les âges.

Pourquoi se suicide-t-on ?

Dans 40 % des cas, on retrouve une maladie mentale, le plus souvent une authentique dépression, mais cette maladie est malheureusement insuffisamment diagnostiquée et traitée. 40 % des suicidés ont consulté un médecin dans le mois ayant précédé leur geste. 18 % avaient consulté le jour même de leur suicide. La forme de dépression la plus grave, la dépression mélancolique, s’accompagne d’une souffrance morale d’une telle intensité que le patient est persuadé de ne pas pouvoir la supporter 5 minutes de plus. « A partir d’un certain degré de souffrance, on ne pense plus qu’en terme d’apaisement immédiat : alors l’idée de suicide se présente immédiatement » (Dr Xavier Pommereau, psychiatre). On peut aussi retrouver d’autres troubles : alcoolisme, toxicomanie, désordre alimentaire, délinquance. Dans les autres cas, la conduite suicidaire constitue en elle-même la pathologie, sans autre maladie mentale associée, mais on peut retrouver un terrain ou des facteurs favorisants :
- crise d’adolescence, qui est « l’âge de tous les dangers » ; difficulté de communication entre l’adolescent et sa famille, et conflits qui paraissent sans solution.
- sentiment d’absurdité de la vie, fréquent chez les adolescents qui quittent le monde protégé de l’enfance et qui redoutent le monde des adultes qui les effraie ou les dégoûte. Ce sentiment d’absurdité peut être métaphysique ou tout simplement existentiel, comme le montre cette phrase : « La vie est une maladie sexuellement transmissible qui mène toujours à la mort. » (auteur inconnu) ou cette citation de Claude Guillon, auteur du livre interdit Suicide, mode d’emploi : « Jeune, on fait des études pour être adulte ; ensuite on travaille pour cotiser à la sécu, quand on sera vieux ; ensuite on est mort, ouf ! on a réussi à ne pas y penser. »
- âge avancé et perte des facultés physiques et intellectuelles.
- maladie incurable entraînant une peur de la douleur, de la déchéance, de la dépendance, et suscitant une demande d’euthanasie (beaucoup plus rare que ne veulent le faire croire les media).
- personnalité fragile, avec manque de confiance en soi, entraînant une peur des soucis de la vie et des difficultés du monde.
- difficulté à s’adapter aux situations ou aux personnes nouvelles.
- dépit amoureux entraînant un désir de vengeance et de punition en provoquant chez l’autre un sentiment de culpabilité.
- incapacité de supporter un échec, une défaite, une humiliation, entraînant le désir de montrer aux autres « de quoi on est capable », même au prix d’une conduite extrême et suicidaire.
- impression d’être dans une impasse totale, de n’avoir plus aucune solution (exemple du dirigeant d’une petite entreprise acculée à la faillite).
- sentiment de vivre un amour impossible ou d’être incompris du reste du monde.
- impression d’être mal aimés, non reconnus, de travailler pour rien (suicides de policiers).
- isolement, solitude, manque d’amour (veufs, divorcés, célibataires, personnes âgées).
- vide existentiel, manque de but dans la vie, ennui, désoeuvrement, avec sentiment d’exister seulement lorsqu’on se livre à des comportements extrêmes, délinquants ou suicidaires.
- enfants en situation d’échec scolaire qui croient n’être aimés qu’en fonction de leurs résultats à l’école ; certains enfants se suicident tout simplement pour n’avoir pas à avouer à leurs parents qu’ils ont eu une mauvaise note ou qu’ils ont été renvoyés. Le suicide des enfants et des jeunes pour raisons scolaires est assez fréquent au Japon où la sélection sociale par les études est très forte.
- médiatisation de certains suicides entraînant un désir d’imitation et facilitant le passage à l’acte.
- ambiance culturelle favorable : ce fut le cas au 19e siècle qui connut une vague de suicides sans précédent, ou entre les deux guerres mondiales (périodes influencées par la littérature romantique, par Nietzsche, Marx, le nihilisme, et les idées révolutionnaires).
- misère, chômage : toutefois, le taux de suicides est resté stable depuis 1985, alors que le chômage a augmenté de 50 pour cent ; on ne voit pas plus (et souvent moins) de dépressions et de suicides dans les pays pauvres que dans les pays riches.
- cadre de vie, climat, saison : on se suicide plus dans les quartiers pauvres des grandes villes, dans les pays froids, et à la fin de l’hiver.
- culpabilité, honte (comme Judas ou les criminels nazis condamnés au Tribunal de Nuremberg).

Il est démontré que le fait d’avoir de l’ambition, des objectifs personnels élevés, un idéal pour lequel on est prêt à se battre (tant qu’il n’est pas déçu) ou une spiritualité forte sont une protection efficace contre le suicide. On voit cependant des chrétiens qui tentent de mettre fin à leurs jours, certains y parviennent même. Comment expliquer ce phénomène troublant ? Les chrétiens peuvent être malades de dépression comme les autres (Mathieu 5:45 « car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes »). La dépression augmente le sentiment de culpabilité, qui peut être exagéré et même devenir franchement délirant. Elle diminue aussi la communion avec Dieu, avec perte d’envie de lire la Bible, de prier, et entraîne une perte des repères spirituels, un oubli de l’amour et de la grâce de Dieu. Elle entraîne un sentiment d’indignité, ce qui est une brèche ouverte pour Satan « l’accusateur » (Apocalypse 12:10), qui pousse à la perte de toute confiance en Dieu, au désespoir et à l’autodestruction. Un suicidé est-il sauvé ? Non selon certains, parce qu’il n’a pas eu le temps de se repentir. Mais est-ce la repentance ponctuelle qui sauve ? N’est-ce pas plutôt la croix de Jésus Christ et son acceptation définitive comme Sauveur ? Il est vrai que le suicide est un péché aussi grave que le meurtre, et que le commandement « Tu ne tueras point » s’applique aussi à soi-même. L’auteur du suicide est à la fois victime et meurtrier. Le suicide est non seulement un meurtre mais aussi un acte de révolte de l’homme contre la souveraineté de Dieu, de l’homme qui veut prendre la place de Dieu. « Qui ose se tuer, celui-là est Dieu » (Dostoïevski). Seul Dieu donne la vie, et seul Il peut la reprendre. Toutefois nous sommes sauvés par grâce, c’est le don gratuit de Dieu lorsque nous l’avons vraiment accepté dans notre vie, même si dans des cas extrêmes comme le suicide nous sommes sauvés « comme au travers du feu » (1 Corinthiens 3:15). La crainte de perdre son salut, enseignée à l’église catholique ou dans certaines églises évangéliques, est un frein au passage à l’acte. Il est vrai que l’on se suicide moins en pays de tradition catholique que dans les pays protestants.

Il faut être très attentif aux signes précurseurs d’une dépression et d’une tentative de suicide, qui peuvent être très discrets et très trompeurs (« fatigue » chez l’enfant, agressivité ou repli sur soi chez l’adolescent) et être très sensible aux besoins de la personne à risque et l’entourer. « Le suicide, c’est l’absence des autres » (Paul Valéry). Il ne faut jamais banaliser ou minimiser une tentative de suicide comme étant un simple appel au secours. Un suicidant qui n’a pas réussi son suicide présente 50 % de risques de récidive dans les 5 ans. Il a besoin d’une écoute compréhensive sans esprit de jugement (ce que font certaines permanences d’aide téléphonique comme « SOS Amitié »), de soutien, de valorisation, et d’affection. Il faut l’aider à s’exprimer s’il a du mal à le faire, et l’écouter, car la thérapie par la parole est d’un grand secours. Il faut l’encourager à consulter un médecin en vue d’une psychothérapie et de médicaments antidépresseurs. Il a besoin aussi de comprendre (ou de se rappeler s’il est déjà chrétien) la grâce de Dieu qui l’aime tel qu’il est et qui peut changer sa vie. Il a besoin de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ et qu’on la lui rappelle inlassablement, même s’il la connaît déjà, afin que sa tristesse l’amène non pas à se tuer mais à se repentir et à se confier en Dieu. "En effet, la tristesse selon Dieu produit une repentance à salut dont on ne se repent jamais, tandis que la tristesse du monde produit la mort." (2 Corinthiens 7:10). On peut faire la différence entre le remords de Judas qui l’a conduit au suicide après avoir trahi Jésus, et le repentir de David qui l’a conduit à accepter le pardon de Dieu et à retrouver la paix (Psaume 51).

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3 Messages de forum

  • > Le suicide

    23 juillet 2003 11:23, par lehmann

    Merci de votre message,

    Je recherche des articles qui pourraient aider des personnes chrétiennes qui on perdu l’un des leurs par le suicide. Malheureusement l’on est plus rapidement prêt à juger dans les milieux chrétiens qu’à aider . L’on parle beaucoup de préventions ce qui est juste, mais l’on à que trés peut d’aide aux familles qui on passées par la perte d’un des leurs par le suicide. Martin lehmann E-Mail lehmann yW6 bipinfo.ch

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  • Le suicide

    10 novembre 2007 01:57, par Michel
    Votre article (Le suicide ; lundi 9 septembre 2002, par Jean Igor Wolga) m’a ému, j’ai senti une profondeur réelle de sincèrité et d’amour dans les phrases. Dans votre analyse très pertinente et humble de « pourquoi se suicide t-on », j’ai lu des choses très vraies qui me touchent. On ne peut pas empêcher vraiment quelqu’un qui veut mourir de se tuer, on peut seulement essayer de l’aider pour qu’il retrouve une certaine paix mentale, un équilibre relatif, et qu’il ne passe pas à l’acte. Toute aide est temporaire si longue soit-elle et ne reste qu’une aide. La douleur de vivre ne se transforme pas en une joie un épanouissement après une énième consultation psychiatrique ou par la lecture de tel ou tel article. La dépression peut toucher tout le monde sans exception, et le suicide lié aussi. Comment sortir d’un engrenage suicidaire, car il est vrai que « l’essai à se suicider » est une expérience qui génère un « nouvel essai au suicide » ; et « l’apprentissage » est rapide et inéluctable. C’est bien de parler de la réalité du suicide, il faut en parler pour l’éviter peut-être.

    Voir en ligne : Le suicide ; lundi 9 septembre 2002, par Jean Igor Wolga

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    • Le suicide 26 décembre 2007 03:13, par Seb
      La question du suicide dans l’Eglise Catholique est autant compréhensible qu’incompréhensible. En effet, s’il appartient à Dieu de choisir notre mort, puisque c’est lui qui en décide n’est-ce pas ?, pourquoi le suicide ne serait justement pas la mort qu’il nous ait souhaité ? En quoi sommes-nous plus responsables quand l’on se suicide que quand l’on meurt d’un cancer du poumon, du SIDA ou autre...en effet, la vie est remplie de causes suicidaires (cigarettes, virus du sida, alcool). En quoi donc un alcoolique ou un fumeur mourant d’un cancer serait-il plus apte à aller au paradis qu’un individu qui se donne la mort directement ?

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