Dépression, discipline de vie, thérapie, vie spirituelle : Témoignage personnel et conseils pratiques
Traverser la vallée de l’ombre (article 2/12)
mercredi 1er décembre 2004, par Jean-Louis Théron
Les spécialistes nous disent que le stress est la réponse de l’organisme humain à un stimulus de son environnement. Le stress ne peut donc pas être évité. Il nous sauve des situations de danger.
Ce n’est pas l’événement en lui-même qui constitue le stress, c’est l’état émotionnel dans lequel il nous met, ou plutôt dans lequel nous le laissons nous mettre.
Le stress se traduit concrètement pas une dépense d’adrénaline (mot employé pour désigner un ensemble de sécrétions des glandes surrénales). Cette dépense est utile tant qu’elle nous aide ponctuellement à éviter un danger ou à accélérer le rythme en situation d’urgence.
L’adrénaline devient nuisible lorsque son taux dans le sang demeure élevé longtemps après l’événement déclencheur. En effet, combinée avec le cholestérol dû à une alimentation riche et à une vie sédentaire, elle peut produire à terme des maladies cardio-vasculaires.
Par ailleurs, l’épuisement des sécrétions surrénales constitue une pénurie qui est à l’origine d’une incapacité à traiter normalement tout événement extérieur : la dépression a alors déjà commencé.
Évaluer son stress de manière préventive est donc très important : les médecins ont ainsi établi des échelles de stress, qui associent une valeur numérique à des événements humains aussi divers qu’un déménagement, un divorce, une promotion professionnelle, la perte du conjoint ou d’un enfant, etc. Le total des points ainsi cumulés permet d’évaluer le risque de dépression.
Il est indispensable de comprendre que le stress est associé aussi bien aux événements positifs qu’aux événements négatifs.
Tout changement peut être une cause de stress, c’est pourquoi il va falloir apprendre à gérer les changements. Nous aimerions pouvoir les maîtriser en les traitant à notre rythme, mais c’est impossible. C’est donc l’attitude face à des événements que nous ne maîtrisons pas qui doit changer.
Même si certaines causes de stress sont communes à tous les individus, chacun perçoit différemment les événements : un changement attendu et souhaité par une personne sera redouté par une autre. Mais si le changement est d’une ampleur de nature à susciter une émotion importante et s’il demande une adaptation conséquente, il sera une source de stress… cette fois au sens négatif du mot.
Ces mots sont tirés du latin « angere » qui signifie étreindre, oppresser, serrer à la gorge.
En anglais ou en allemand, le même mot « angst » est utilisé pour les deux termes.
En français, langue riche en nuances comme chacun sait, l’anxiété serait un état intermédiaire entre inquiétude et angoisse.
Au delà des « querelles sémantiques », celui qui subit une crise d’angoisse, une bouffée d’anxiété, une inquiétude subite ou une crise de panique a des symptômes physiques bien réels : palpitations, sueur, boule dans la gorge, tachycardie (accélération du rythme cardiaque), douleurs thoraciques.
Mais, direz-vous, à qui ceci n’est-il jamais arrivé ? Dans une situation de danger ou d’urgence immédiate, chacun a ressenti ces symptômes. Ceux-ci sont vieux comme l’humanité : dans un des textes les plus anciens de la Bible, vieux de plus de 30 siècles, le patriarche Job décrit ces symptômes avec une précision quasi clinique (Job 3:24-26).
Ce qui doit attirer notre attention est le caractère passager ou au contraire persistant de ces symptômes.
Tant qu’ils restent occasionnels, ils sont le lot de toute vie humaine. Lorsqu’ils se répètent souvent et/ou lorsqu’ils sont associés à des situations précises qui ne les expliquent pas, il FAUT les traiter.
En effet, toute répétition d’attitude finit par devenir une habitude, puis un comportement. Il sera donc plus difficile de se débarrasser d’une angoisse devenue habituelle.
Il est tentant, pour un anxieux, d’adopter des conduites d’évitement pour ne pas être confronté aux stimuli déclencheurs de son angoisse. Mais ceci revient à vivre constamment à moitié, en prenant de plus le risque de développer des phobies plus envahissantes et plus gênantes : agoraphobie, claustrophobie, etc.
Pour un traitement très complet (mais parfois assez technique) du sujet de l’angoisse, voir [Klop93].
Plus accessible - mais aussi plus succinct - sur le même thème : [Lech96].
Pour plus d’informations sur les phobies sociales, voir [AnLé95].
On confond souvent dépression et déprime, d’où les conseils généraux prodigués à un dépressif par son entourage : ne te laisse pas aller, regarde le bon côté des choses. Malheureusement, ces conseils ne peuvent (plus) aider le dépressif, qui a dépassé le stade de la déprime.
Ce que chacun connaît, en effet, c’est un moment de DÉPRIME.
La déprime est un découragement passager qui ne dure que quelques jours. Elle peut résulter d’une fatigue accumulée, d’une succession d’événements difficiles, d’une lassitude, d’une accumulation de contrariétés.
Le chrétien peut être déprimé lorsqu’il perd de vue l’espérance qui est associée à sa foi. Il peut aussi l’être à cause de la conscience des fautes qu’il a commises, par exemple lorsqu’il refuse de pardonner ou de demander pardon.
La déprime peut en général être traitée sans secours médicamenteux ou thérapeutique, en retrouvant simplement une hygiène de vie normale… qui n’aurait jamais dû être abandonnée.
Il ne faut toutefois pas prendre la déprime à la légère, ce qui permet d’éviter qu’elle dure, et se transforme en dépression.
L’accumulation de fatigue et de stress, la maladie, une suite d’événements éprouvants et la réaction de l’organisme qu’ils entraînent, font partie des causes de dépression.
Parmi les causes possibles, on cite aussi parfois la crise des 40 ans, caractérisée par un sentiment d’insatisfaction d’avoir « tout accompli », et de ne pas savoir où et comment orienter sa vie pour la suite.
La dépression est une maladie, elle a des symptômes organiques qu’on peut objectivement constater : fatigue physique, sensibilité au bruit, émotivité (larmes venant facilement), perte d’appétit ou boulimie, fébrilité, impatience fréquente, réveil en milieu ou en fin de nuit, etc.
De nos jours, il est devenu une banalité de dire que notre état physique dépend de notre état moral. Ce qui est moins connu, c’est que, des siècles avant que la médecine moderne ne les redécouvre, la Bible indiquait déjà des symptômes précis d’affections psychosomatiques : digestion « détraquée », fatigue, larmes, sécrétion de bile, insomnie (Job 30:27, Psaume 38:4-9, 102:3-8, Lamentations de Jérémie 2:11).
Sur le plan neurologique, une partie du cerveau appelée hippocampe, qui est le siège des émotions, manque chez le dépressif de certaines substances indispensables à son bon fonctionnement. Ceci empêche les connexions de se faire normalement.
Le dépressif a l’impression que ses facultés intellectuelles sont diminuées. C’est vrai d’une certaine façon, car il a perdu la dose minimum de confiance en soi nécessaire pour la vie quotidienne.
Un dépressif a le sentiment d’être enfermé dans un cercle vicieux : je suis fatigué, je ne peux pas faire cela, je ne vaux plus rien, pas étonnant que je sois fatigué, que je ne puisse pas faire cela, etc.
Il a aussi le sentiment très perturbant de ne pouvoir faire face à des situations qu’il sait très bien prendre en main habituellement.
Les critères définis par la « Psychiatric American Association » pour diagnostiquer la dépression sont les suivants :
Si vous présentez ces symptômes, pas de panique : il faut seulement regarder la réalité en face, et s’en occuper sérieusement.
J’ai vécu ce qu’il m’était difficile d’imaginer quand j’étais dans mon état normal : la répétition obsessionnelle de raisonnements négatifs. Même si je SAVAIS que ces raisonnements étaient faux, je ne POUVAIS éviter de les répéter en permanence, sans même m’en rendre compte.
Ces raisonnements pouvaient aussi donner lieu à des cauchemars, où je me retrouvais dans des situations relationnelles inextricables, avec bien sûr un dénouement catastrophique. Le seul point positif de ces cauchemars était de me réveiller rassuré d’avoir échappé à un grand malheur, mais ce soulagement ne durait malheureusement pas !
La persistance d’un état d’anxiété et de crainte d’un danger imminent peut devenir si intolérable qu’on en vient à se dire que la seule manière de s’en sortir serait de mourir.
Il est évident, si l’on RAISONNE, que ce n’est pas une solution. Mais se le dire ne suffit pas.
C’est pourquoi je tiens à insister sur le fait que, lorsqu’un dépressif a des pensées de suicide, il FAUT qu’il consulte son médecin parce qu’il a besoin en tout premier lieu d’un traitement médicamenteux qui va l’aider à reprendre pied.
Par « pensées de suicide », je ne parle évidemment pas de pensées fugitives comme chacun a pu en avoir, en pensant fugitivement et « intellectuellement » à la mort. Je veux parler de pensées qui reviennent, avec la recherche d’un moyen précis de passer à l’acte. Dans ce cas-là : médecin, sans plus attendre !
"La terreur envahira votre cœur
à cause de tout ce que ce que vous aurez constamment sous les yeux,
de sorte que le matin vous direz : ’Si seulement c’était le soir !’
Et le soir : ’Quand donc viendra le matin ?’ "
Deutéronome 28:67
[Klop93] KLOPFENSTEIN Christian Dr, « Angoisse et foi », 458 pages, Éd. Réalités de la foi, 1993
[Lech96] LECHLER Alfred Dr, « Libéré de l’angoisse », 57 pages, Éd. EBV, 1996
[AnLé95] ANDRÉ Christophe Dr & LÉGERON Patrick Dr, « La peur des autres - Trac, timidité et phobie sociale », 328 pages, Odile Jacob, 1995