Da Vinci Code
Quand la fiction devient coupable de révisionisme des faits historiques, il y a de quoi s’inquiéter.
mardi 24 août 2004, par Jean-Luc Tabailloux
Ce roman à sensation de Dan Brown est en train de faire un tabac outre-atlantique. Il est sur la liste des « best seller » du New York Times depuis des mois. Ce livre est une fiction dont le contenu historique souvent douteux, voire mensonger, est souvent pris pour argent comptant par un public largement ignorant de l’histoire.
Bien que la véracité historique soit le cadet de ses soucis, l’auteur a néanmoins réussi à réconcilier des milliers de touristes américains avec la France. En effet le livre est truffé de références historiques et artistiques qui ont pour cadre notre pays. C’est pourquoi il est en train de susciter des élans de détectives à la mode Indiana Jones. De nombreux lecteurs se transforment ainsi, l’espace de leurs courtes vacances, en pseudo archéologues. Des chercheurs en quête d’une pseudo vérité historique et qui luttent contre « le complot » de l’église officielle qui chercherait à cacher des faits gênant sur les fondements même du christianisme. A savoir : Jésus n’aurait été qu’un homme et non, Dieu fait homme ! Les indices laissés par ceux qui le savaient, seraient cachés partout, jusque dans les fresques des grands maîtres qui ornent nos églises. On se croirait en pleine série X-Files. On parle même déjà d’en faire un film ! Et le public achète. Le problème c’est qu’il achète plus qu’un livre. Il finit par confondre vérité historique et la fiction fantaisiste d’un auteur à l’imagination et au verbe fertiles. C’est pourquoi plus d’une dizaine d’ouvrages sont sortis de presse ces derniers temps pour rétablir les faits historiques systématiquement tordus pour accommoder le récit de l’auteur.
Beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi les chrétiens se mobilisent de la sorte avec autant de passion sur ce qui n’est, après tout, qu’un roman. Mais le problème est que ce livre contient une thèse qui est aux antipodes de la vision que les chrétiens se font du monde.
Au travers de ses personnages, l’auteur essaye de faire passer l’idée fausse selon laquelle l’autorité des quatre Evangiles et la divinité de Jésus-Christ n’auraient été finalement admises, voir décrétées, qu’au quatrième siècle, à l’occasion du concile de Nicée. Il affirme que l’Eglise aurait injustement supprimé la voix des tenants de la Gnose qui auraient osé mettre en cause ce point fondamental du credo en affirmant que Jésus n’était pas le Fils de Dieu mais un simple homme.
Pourtant, quand on examine de plus près le témoignage de l’histoire de l’Eglise, on se rend compte que Dan Brown a tout faux ! Les évangiles gnostiques auxquels il fait référence dans son roman, ont été écrits bien longtemps après les quatre Evangiles, et l’Eglise ne leur a jamais accordé aucun crédit. Les quatre évangélistes, Matthieu, Marc, Luc et Jean, ont toujours été considérés comme des sources faisant autorité sur la vie de Jésus. Tout lecteur avisé de la Bible ne peut arriver qu’à cette conclusion : Les Evangiles, dès leur origine, ont bien proclamé que Jésus est le Fils de Dieu, et ce fait était accepté des siècles avant le concile de Nicée. Le courrant gnostique a été rejeté à cause de ce fait : justement parce que les tenants de la gnose divergeaient sur ce point fondamental qui avait été déjà admis longtemps auparavant.
D’un point de vue historique, et d’après les « évangiles » version gnostique, Jésus n’aurait pas été humain mais un être spirituel ; de plus Il ne serait pas mort sur la croix. Quelqu’un d’autre aurait pris sa place sur la croix. (Au passage, cela nous fait penser à la thèse défendue par l’Islam.) En effet pour les gnostiques, l’idée de l’incarnation d’un dieu était répugnante. Le corps était perçu comme mauvais et comme une illusion dont il fallait s’affranchir à tout prix par l’initiation à la connaissance secrète des choses. D’où les pratiques ascétiques en vogue à l’époque. En bref il n’y en avait que pour l’esprit, avec un mépris royal pour le monde physique créé. Là encore la Bible nous montre son remarquable équilibre en terme de vision du monde : un monde physique ET spirituel où à l’origine avant l’introduction du mal, le corps est décrit comme très bon. La doctrine gnostique enseignait par ailleurs que le salut ne pouvait pas s’obtenir par la grâce, c’est à dire sur la base d’une faveur imméritée et gratuite, mais que ce salut s’obtiendrait par l’accès à une connaissance cachée et ésotérique réservée aux initiés.
Pas question de tout cela dans le livre de Brown. Bien au contraire, l’auteur commet la grossière erreur de faire dire aux gnostiques que Jésus était humain, ce qu’ils ont toujours réfuté historiquement. Mais cela, il se garde bien de le dire à ses millions de lecteurs qui gobent comme du petit lait sa vision du monde, pourvu qu’elle écorne un peu plus la personne du Christ rapportée, non par la religion ou par l’Eglise, mais par le témoignage de l’histoire.
Ce livre n’est malheureusement qu’une illustration de plus de cette mode qui consiste à se faire une religion à la carte et qui n’a que faire de la recherche de la Vérité qu’elle soit historique ou spirituelle et éternelle. Quel contraste pour nous chrétiens qui nous forgeons une idée de la vérité sur le témoignage de l’Ecriture, ce « best seller » de tous les temps ! Un témoignage éprouvé et qui fait l’objet de réflexions et de débats depuis deux millénaires. Une vérité qui est enracinée dans l’Eglise et son credo et non dans nos préférences personnelles du moment.
Pour l’Apôtre Jean, le disciple de Jésus-Christ, la chose était on ne peut plus claire quand il écrit au chapitre un de son Evangile : « au commencement était la Parole, ..., et la Parole était Dieu. Et la Parole a été faite chair...et nous avons contemplé Sa gloire, une gloire comme celle du Fils unique venu du Père ». Alors, à la lecture d’un ouvrage aussi fantaisiste que celui de Dan Brown, un peu de discernement ! Et gardons-nous de prendre des vessies pour des lanternes !
Article adapté à partir de diverses sources Internet et radiophoniques lues et éditées par Jean-Luc Tabailloux.
Pour aller plus loin dans la reflexion : un livre du philosophe Ravi Zacharias « Jésus parmis d’autres divinités » . Editions Vida
Vous pouvez aussi approfondir la question en consultant l’excellent site http://www.topchretien.com/davincicode/
Vous pouvez retrouver la rubrique « Actualité et Culture : un vision chrétienne du monde », sur « Radio Certitude » 96.6 MHz dans l’agglomération grenobloise.