Une vue d’ensemble de l’enseignement biblique sur le baptême
mercredi 20 novembre 2002, par Reynald Kozycki
Un parcours, même rapide, de l’histoire de la « chrétienté » montre que peu de discussions ont suscité autant de querelles que la pratique du baptême. Ces polémiques font ressortir au moins une chose avec netteté : c’est la facilité déconcertante avec laquelle tout groupe se proclamant chrétien s’égare des fondements que le Christ nous a laissés dans Sa parole. Paul le constatait déjà avec tristesse à propos d’une autre question lorsqu’il écrit aux Galates : « Je m’étonne que vous vous détourniez si promptement de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, pour passer à un autre évangile » (Gal 1:6).
Une lecture des Evangiles, puis des Actes, fait apparaître avec une assez grande limpidité, plusieurs caractéristiques du baptême. Les Evangiles rapportent uniquement deux passages où Jésus parle de cet acte à propos de ceux qui croiraient en Lui. Ce sont tous deux des résumés de la mission confiée par le Christ après sa résurrection, afin que les disciples continuent l’œuvre qu’Il a commencée :
« Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit » Mat 28:18-19.
« Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné » Marc 16:16.
Le dernier commandement de Jésus à ses apôtres est donc d’aller annoncer la Bonne Nouvelle du salut et de faire des disciples de ceux qui recevront cet enseignement. C’est uniquement dans ce contexte que Jésus parle de baptême. Cet acte s’applique à des personnes répondant à certaines conditions. Selon Matthieu, c’est « accepter de devenir disciple » ; selon Marc, c’est tout simplement « croire » (sachant que la foi, dans la pensée de Jésus-Christ, va beaucoup plus loin qu’une vague croyance ; elle engage la personne toute entière à suivre avec confiance l’enseignement et la personne de Jésus). Ces conditions sont indispensables pour le baptême. Devenir disciple, ou avoir foi, signifie, entre autres : désirer réellement « observer tout ce qu’Il a prescrit » ; c’est une réorientation entière de sa propre vie où le centre n’est plus le moi avec ses aspirations et ses petits caprices, mais Jésus-Christ, son amour, sa volonté, ses prescriptions. L’une de ses premières prescriptions est évidente dans les deux passages cités ci-dessus : après la foi et le désir de devenir disciple, c’est le baptême que Jésus demande. Il ne dit pas « Si vous en avez envie, ou peut-être un jour, si vous le souhaitez... », non ! Accueillir le Christ dans notre vie, c’est oser le confesser publiquement dans le baptême. D’ailleurs, l’acceptation du salut et le baptême sont à tel point liés que Jésus dira : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé ». Ne réduisons pas la force de ces paroles par nos raisonnements humains. Le Christ ajoute, il est vrai : « Celui qui ne croira pas sera condamné », montrant bien que c’est la foi seule qui est essentielle dans le salut. Mais, la Bible est claire à ce sujet, la foi qui ne se traduit pas dans l’obéissance pratique, est une foi morte (Mat 7:21 ; Jac 2:17).
Les premiers chrétiens ont parfaitement mis en pratique le baptême décrit par Jésus. Après le discours de Pierre lors de la Pentecôte, les auditeurs furent vivement touchés par l’annonce du salut. Ils demandèrent : « Hommes frères, que ferons-nous ? Pierre leur dit : Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, à cause du pardon de vos péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit » Actes 2:37-38
Ainsi, Pierre donne comme condition principale au salut la repentance (un demi-tour radical pour centrer sa vie sur Dieu). Puis le baptême est annoncé, non comme une option, mais comme un acte allant de pair avec la repentance, la foi et l’acceptation du salut. Le mot baptême apparaît au moins 17 fois dans les Actes, et sans exception, nous assistons à des baptêmes de personnes qui ont placé leur foi en Jésus-Christ. Jamais, nous ne voyons des bébés ou petits enfants se faire baptiser . En revanche, partout où le salut en Jésus-Christ est reçu, les personnes se font baptiser (par immersion, comme le sens même du mot baptême en grec l’indique).
L’idée du baptême apparaît une quinzaine de fois rappelant l’insistance du reste du Nouveau Testament. Plusieurs éléments sont apportés sur le sens profond de ce symbole comme par exemple l’image de notre mort et de notre résurrection en Christ, ou de notre adoption .
Les deux siècles qui ont suivi l’Eglise primitive ont continué exclusivement dans la lignée du Nouveau Testament, c’est-à-dire, baptiser systématiquement les croyants par immersion, et, en aucun cas, les enfants en bas âge. Comme tous les historiens sérieux du christianisme l’ont montré, la première mention du baptême des enfants apparaît au début du IIIe siècle sous la plume de Tertullien pour mettre en garde, en fait, contre cette pratique qui semblait faire apparition dans les milieux chrétiens . Mais malheureusement, par la suite, une vision ritualiste, sacramentelle du baptême (confondant signe et réalité) s’est de plus en plus imposée. C’est ainsi que l’Edit de Justinien au IVe siècle obligea, sous peine de sanction, à baptiser les enfants (il va sans dire, plus pour des raisons superstitieuses et politico-sociales, que bibliques).
En conclusion, nous pouvons dire que le baptême est un des premiers actes d’obéissance pour celui qui a accueilli Jésus-Christ comme Sauveur et Seigneur. C’est une confession publique, simple et sobre, de la repentance et de la foi. Dans un document complémentaire à cette feuille, nous avons développé la signification de ce puissant symbole en quatre grands thèmes : le baptême proclame que :
premièrement, j’ai décidé de me « repentir » ;
deuxièmement, j’ai été accueilli par le Seigneur et il m’a purifié ;
troisièmement, il a fait de moi une nouvelle créature, temple de son Esprit, en m’unissant dans sa mort et sa résurrection,
quatrièmement, étant désormais « incorporé » spirituellement à la personne du Christ, je suis en même temps incorporé à l’Eglise Universelle, Son Corps, dont je suis devenu un membre .
1. J’ai déjà été baptisé en tant que bébé, ce « baptême » ne serait-il pas suffisant, surtout, si en plus, j’ai été « confirmé » ?
Est-ce que nous voulons chercher une réponse dans la sagesse ou tradition des hommes ou alors dans la Révélation biblique ? Si nous reconnaissons réellement l’autorité suprême de la Parole de Dieu (« Le ciel et la terre passeront, mais Mes paroles ne passeront pas » dit Jésus en Luc 21:33) alors la réponse est très simple : il est impossible de parler de baptême en se référant à un rite où ni le fond ni la forme du modèle biblique ne sont présents. Ce n’est pas la décision ou la foi des parents ou de parrains qui nous sauvera, si nous n’avons pas expérimenté nous-mêmes la foi et la repentance : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé » dit Jésus en Marc 16:16. Pour ce qui est de la « confirmation », il serait utile de creuser un peu plus la question, afin de mieux comprendre ce que certaines Eglises ont mis derrière ce rite totalement absent de la pensée biblique. Bien que Dieu soit souverain, il serait néanmoins très étonnant d’imaginer que systématiquement, à un âge très précis, et suite à une décision plus ou moins sincère de jeunes adolescents et une formule prononcée par tel évêque ou religieux, le Saint-Esprit soit répandu dans le cœur d’une personne. Beaucoup, même parmi les grands noms des Eglises traditionnelles, se sont fortement opposés à cette vision ritualiste et sacramentelle de la foi chrétienne. Karl Barth disait de manière ironique que le sacrement était « une tentative magique pour obliger Dieu à intervenir » . Le retour à la simplicité évangélique nous conduira à témoigner de notre foi dans le baptême biblique et conserver ce qui est bon dans ce que nous avons reçu de notre héritage religieux. Mais oserons-nous renoncer à ce qui n’est que traditions humaines ?
2. Je connais des chrétiens très sérieux dans leur foi qui n’ont pas vécu un baptême de croyants, mais simplement un « baptême » de bébé, et pourtant, Dieu les a bénis. N’est-ce pas une raison suffisante pour ne pas se faire baptiser comme croyant ?
De manière incontestable, le Seigneur a béni des chrétiens qui n’ont pas tout compris dans la Bible, sinon Il ne bénirait personne. Si nous voulions ne retenir que les erreurs de ceux que Dieu bénit, notre vie risquerait d’être complètement dissolue. Gardons plutôt les bonnes choses de ces personnes, et là où nous avons le choix, honorons le Seigneur par notre obéissance tant dans le baptême que dans notre marche quotidienne avec Lui.
3. Je connais des personnes ayant reçu un baptême tout à fait biblique, et qui, pourtant, sont de tels contre témoignages que ça ne me donne pas envie de me faire baptiser ?
Nous ne pourrons jamais échapper à cette triste réalité. Nous devons chacun veiller sur nous-mêmes avec crainte, foi et vigilance. Jésus nous laisse comprendre que même certains conducteurs spirituels ayant accompli des choses spectaculaires seront rejetés, tout simplement parce qu’Il ne les a jamais connus (Mat 7:22). D’autre part, à l’exemple du fils prodigue, peut-être que quelques-uns de ces chrétiens rétrogrades ou hypocrites reviendront à une foi plus sérieuse. De toutes façons, cela ne doit pas nous empêcher de proclamer notre foi de manière publique dans le baptême, en comptant sur la grâce et la puissance de Dieu pour persévérer.
4. N’est-ce pas trop tôt ou n’est-ce pas trop tard pour me faire baptiser ?
Il peut être effectivement trop tôt pour se décider. En général, une décision très importante qui engage notre vie entière ne saurait être valable que si nous sommes en mesure de comprendre notre engagement. Personne ne prendrait vraiment au sérieux l’engagement d’un enfant de 5 ans désirant se marier. Avant de construire une tour, dit Jésus, il faut se demander si nous pouvons mener à bien les travaux (Luc 14:18-33). En fait, ce qui prend un certain temps et réclame une réflexion personnelle, c’est la décision d’une vraie repentance afin de réorienter sa vie dans la bonne direction. Une fois cette décision prise, en comptant sur la grâce de Dieu, rien n’empêche de concrétiser notre choix dans le baptême, le plus rapidement possible, comme nous le lisons à travers tous les récits des Actes. Pour ce qui est de trop tard, la sagesse populaire reconnaît elle-même : mieux vaut tard que jamais. Même si nous avons de nombreuses années de vie chrétienne derrière nous, quel beau témoignage que de montrer publiquement notre fidélité à la parole de Dieu sur un point que nous n’avons pas pris (ou que nous n’avons pu prendre) en compte jusqu’à aujourd’hui !
5. Faut-il être baptisé du baptême de confessant pour prendre la sainte cène ?
Chaque communauté chrétienne (ou chaque dénomination) adopte sa propre manière de voir pour résoudre cette question de sainte cène et de baptême, tout simplement parce que la Bible n’aborde pas de manière directe ce problème. Un assez grand nombre d’Eglises évangéliques, à la suite des témoignages des deux premiers siècles de la chrétienté, refusent systématiquement de partager le repas du Seigneur avec ceux qui n’ont pas pratiqué un baptême valable bibliquement. Pour nous, à Gap, nous avons précisé sur notre règlement intérieur « qu’il est préférable et logique d’avoir reçu le baptême de confessant pour prendre la cène... » ; laissant à chacun la liberté devant Dieu de prendre ou de laisser passer le pain et le vin, selon les directives de la Parole de Dieu : « Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe... C’est pourquoi celui qui mangera le pain ou boira la coupe du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur » 1 Co 11 v 28 et 27. L’accent est donc mis sur notre relation personnelle avec Dieu, l’obéissance dans les différents domaines de notre vie. A chacun de considérer devant Dieu le pourquoi d’un refus du baptême de croyants, et selon sa conscience, d’agir en conséquence.
6. Ma famille (ou mon entourage) prendrait très mal que je me fasse baptiser du baptême biblique, parce qu’ils ne saisissent pas et ne cherchent pas à comprendre ma démarche de foi ?
Il faut, il est vrai, beaucoup de prudence et de sagesse dans notre relation avec nos proches. Le véritable Evangile développe toujours en nous le respect des autres, le pardon, l’amour du prochain..., mais aussi la vérité, la droiture, la transparence... Notre première attitude consiste à oser parler avec franchise, vérité et respect de notre démarche de foi.
Dans certains cas, assez rares, il vaut mieux attendre sagement quelques temps avant de se faire baptiser, si, par exemple, nous sommes encore mineurs et que ceux qui ont autorité sur nous sont farouchement opposés. Le Seigneur ouvrira les portes quand il le faudra, et nous donnera le courage dont nous avons besoin si nous sommes décidés à lui obéir.
Dans les autres cas, beaucoup plus fréquents, il faut savoir faire un choix : recherchons-nous la gloire des hommes ou la gloire de Dieu (Jean 12:42-43). Dire oui à Jésus-Christ, c’est tôt ou tard, porter son opprobre, parfois même au sein de notre propre famille (Mat 10:34-39). Le baptême est souvent le premier pas de l’opprobre à porter.
Alfred KUEN, Le baptême hier et aujourd’hui, Editions Emmaüs, Saint-Ligier, 1995, véritable encyclopédie sur la question (408 pages).
Karl BARTH, La doctrine ecclésiastique du baptême, Editions Foi et vie, Paris, 1950.
Deux documents internes :
Reynald KOZYCKI, Le baptême d’eau et d’Esprit, Eglise du Rocher, Gap (34 pages).
Reynald KOZYCKI, Manuel de préparation au baptême, Eglise du Rocher, Gap (20 pages).