Communiqué du Président de la Fédération Protestante de France, en réaction au dossier du Nouvel Observateur sur les Evangéliques.
Suite au dossier publié sous le titre « Les évangéliques, la secte qui veut conquérir le monde », vous avez dû recevoir une lettre du Pasteur Stéphane Lauzet, secrétaire de l’Alliance évangélique française, à laquelle je souscris pleinement. J’y ajoute les quelques remarques suivantes :
Sous la pression de l’ignorance ou de la mauvaise foi des médias, les Eglises protestantes de France devront-elles abandonner le beau nom d’ « évangéliques » ?
Plus de la moitié d’entre elles portent ce nom : Eglise évangélique luthérienne, Union des Eglises évangéliques, Eglises réformées évangéliques indépendantes, Mission évangélique tzigane.. ! Ce faisant elles indiquent explicitement, ce qui est commun à toutes les Eglises, qu’elles placent l’Evangile (la bonne nouvelle) de Jésus Christ au cœur de leur message. Le mot vient s’inscrire aux côtés d’autres appellations qui indiquent soit leur origine historique - luthérienne, réformée, pentecôtiste, baptiste - soit leur mode d’organisation - presbytérien, synodal, épiscopalien. Mais toutes se savent « évangéliques », qu’elles portent ou non ce titre.
Or les voilà assimilées à « une secte ». L’amalgame est honteux. Mieux que d’autres, peut-être, parce qu’elles ont un sens développé de la liberté, elles savent que ce risque guette tous ceux qui se laissent porter par de fortes convictions. Mieux que d’autres, elles ont appris à s’en défendre par le débat interne, la critique fraternelle. Les Fédérations, évangélique ou protestante, en France en sont de vivants exemples. Elles ont dénoncé vigoureusement les dérives de certains mouvements religieux américains qui ont confondu les voies de Dieu et les aventures guerrières de Georges Bush ; comme elles ont critiqué les prises de positions partisanes dans le conflit israélo-palestinien. Qu’on veuille bien se souvenir de la manière dont les protestants français se sont fait l’échos de leurs frères et sœurs des Eglises américaines résistant avec vigueur à la « croisade » menée contre les « forces du mal », affirmant leur refus d’un soi-disant choc des civilisations qui les dresseraient contre l’Islam.
Ces Eglises, nos Eglises, acceptent la critique. Elles refusent l’amalgame et la mauvaise foi, les raccourcis trompeurs et la chasse aux sorcières [1]. Elles demandent d’être respectées pour ce qu’elles sont, et de n’être pas de celles dont on peut dire n’importe quoi impunément, au nom de la liberté d’expression à laquelle elles sont si fortement attachées.
En définitive, ce que demande nos Eglises c’est de l’honnêteté intellectuelle. N’est-ce pas le moins que l’on puisse attendre d’une presse libre.
Jean-Arnold de Clermont
Président de la Fédération protestante de France [2]
Voir en ligne : L’article du Nouvel Observateur
[1] En voici quelques exemples :
parler de Bush comme d’un évangélique, alors qu’il n’appartient pas à une Eglise évangélique
parler des évangéliques en reconnaissant qu’il y a de grandes différences entre eux ;
mélanger des qualificatifs sans rapports les uns avec les autres (protestants = référence historique, expansionniste = référence politique, millénariste = référence théologique, apocalyptique = référence de science fiction) ;
faire des « born again » un mouvement alors qu’il y en a dans toutes les Eglises ;
Ecrire que la doctrine évangélique est le mouvement qui progresse le plus. Une doctrine n’est pas un mouvement.
Etc.
[2] La Fédération protestante de France regroupe 17 Eglises et environ 500 associations issues de ces Eglises, soit environ les deux tiers du protestantisme français